Huitième séminaire de WE

Ce séminaire était coanimé par Olga et Barbara Le Van Huy, qui exerce à Melun et Paris comme Counselor auprès d'une clientèle internationale, en langue anglaise. Elle pratique également très bien le français.
J'éprouvai instantanément une très grande sympathie pour cette personne.

Nous étions à nouveau au Rocheton, sur notre demande, et nous y sentions bien.

Je n'avais pas eu d'excitation à l'idée de participer à ce séminaire, j'eus plaisir à concrètement retrouver mes compagnes et compagnon, mais sans plus. Je n'attendais rien de particulier.

Quand nous nous réunîmes en groupe de travail, et que nous attendîmes que quelqu'un se mette à parler, il me semblait même éprouver de l'indifférence.
Je me sentais plein, me suffisant à moi-même, j'avais une respiration agréable et profonde, il me semblait ne devoir avoir besoin de personne. Au point que je me disais que j'aurais pu m'abstenir de venir là.
Il me semblait que je ne percevais plus un groupe autour de moi, mais chaque personne individuellement.

J'aurais pu dire ça, mais il me semblait intéressant de ne pas rompre le silence.
J'étais frappé par la différence de démarrage entre Patrick, notre facilitateur précédent, et Olga, que nous n'avions plus eue deux fois en suivant. J'avais presque perdu l'habitude de sa manière à elle, et j'avais presque une jouissance à la ressentir en ce moment.
J'étais aussi comme rassuré et conforté qu'elle fasse comme cela, car c'est ainsi que moi aussi j'ai tendance à faire naturellement.

Les deux fois, Patrick avait pris la parole dès les premiers instants, mais Olga, comme à son habitude, s'était assise sans rien dire, très bien suivie en cela par Barbara, et il s'était installé un profond silence.
Il me semblait que ce silence était fait de tranquillité et qu'il ne s'en dégageait aucune impatience ni inquiétude.
Il me semblait que plus le temps passait, plus d'énergie se dégageait et circulait dans le groupe.

J'étais fort intéressé par cette expérience, et il me semblait aussi combler les besoins de silences semblables que je n'avais pu satisfaire lors des deux séminaires précédents.
Quand des silences s'étaient mis, il me semblaient alors tendus, superficiels, comme ne devant pas être là.
Je n'y trouvais pas la paix, mais comme un sorte d’inquiétude.
Comme si c'était moi qui l'imposais, alors que les autres n'en voudraient pas vraiment.
Aussi, présentement, j'appréciais ce silence pleinement autorisé.

Je me gardai donc de rien dire, et bizarrement chacun fit de même, et au bout de deux heures (tous records battus !), quelqu'un dit : Si on faisait une pause ?
Je me demandais une pause de quoi, puisqu''on n'avait encore commencé aucun travail (au sens classique), mais nous devions avoir besoin de bavarder à bâtons rompus individuellement entre nous, une façon de nous retrouver que nous n'avions pas eu le temps de nous offrir avant la séance, tout le monde étant arrivé très juste ou en retard.

A la reprise, Bruno se mit à parler, presque timidement.
Alors que d'ordinaire il parle plus volontiers de sa vie professionnelle, ou de ce qu'il ressent du groupe, il se mit à parler de sa vie personnelle : Son vécu dans sa famille recomposée, avec ses propres enfants et ceux de sa compagne.
Ce que je prenais pour indifférence de ma part, en début de séance, ne devait être qu'absence d'attente, car j'écoutai Bruno avec grande attention et intérêt.
Je pus également lui faire part de mes difficultés dans des situations similaires que j'avais vécues auparavant.
Il eut d'autres témoignages du même ordre, de la part d'autres personnes.

Le soir après le dîner, dans le salon, je me sentais toujours en pleine forme, sans besoin.
Je ne me sentais carrément ne plus avoir besoin de ce groupe, peut-être parce que j'avais trouvé près de chez moi une magnétiseuse /masseuse qui en deux séances, m'avait fait un bien extraordinaire, et qui sans doute me rassurait suffisamment dans mes besoins d'aide extérieure.
Il me semblait aussi ne plus être intéressé par donner de l'aide aux autres, comme si je ne voulais plus ne vivre que pour moi, ne me soucier que de mes propres plaisirs et intérêts.
Ne plus mélanger moi et les autres, en quelque sorte.

Je m'ouvris de cela à mes compagnes présentes ce soir là, et elles furent très admiratives de là où j'en étais arrivé. Quelle indépendance !
Moi aussi, j'étais assez content de moi.
Mais elle s'inquiétaient déjà : Je n'allais pas quitter la formation, tout de même.
Je les rassurai : Je n'ai pas l'habitude d'abandonner en cours de route ce que j'ai commencé.

Au moment de nous quitter pour aller nous coucher, je leur demandai une accolade.
Je pris conscience que je n'en avais pas besoin, mais que c'était bien agréable. Que je n'en avais pas besoin parce que je l'avais, que j'étais assuré d'être toujours accueilli et réconforté par ces filles.
Cela me rassura un peu de ressentir ce lien, car mon apparente indifférence m'avait tout de même suscité un certain état d'inquiétude intérieure.
C'était un état d'être tellement différent de ce que je vivais habituellement, que je m'y sentais un peu perdu, comme étranger.

Je m'éveillai de bonne heure comme d'habitude, et entamai la matinée dans le même état que la veille, en pleine forme et comme n'ayant besoin de rien, mais aussi, je m'en étais rendu compte concrètement, ouvert et disponible aux autres.

J'écoutai donc avec grande attention et intérêt une participante parler de ses difficultés dans son processus de divorce. La plupart des auditeurs (dont moi) furent congruents et firent part de leur ressenti.
Apparemment Joelle avait bien étudié et était bien consciente de la situation sous tous ses aspects, car elle avait déjà exploré par elle-même tous les domaines dans lesquels certains participants lui donnaient des conseils ou des avis. Elle semblait maitriser tous les aspects, tant juridiques que psychologiques.
Cela me faisait penser à ce que dit volontiers une de mes amies : "Ce qu'une femme veut, Dieu le veut."

Bien que ce soit un plat unique, le menu de midi nous convint à tous.
Nous le trouvions très équilibré et de bonne qualité, contrairement au CREPS.
Il y avait en même temps que nous un séminaire à caractère religieux (de tendance protestante), de personnes d'origine d'Outre-mer, assez nombreuses.
Nous ressentions leur voisinage comme très agréable. Ils chantaient souvent et nous aimions bien les entendre.
C'était mieux que les pompiers du dernier séminaire d'été à Habère Poche. Nous nous accordions très bien.
Bien que nos buts soient pratiquement les mêmes, notre approche pour les réaliser est très différente.

A ce sujet, je viens de lire un chapitre du dernier livre de Rogers sorti en Français, qui m'a beaucoup éclairé et impressionné.
Spécialement dans le passage où Rogers décrit comment le bébé satisfait son développement en étant centré sur son organisme, j'ai réalisé comme ma propre démarche, depuis que j'ai commencé le Katsugen , en passant par l' instinctothérapie , est de la même nature.
Il s'agit de "l'Approche Centrée sur la Personne", ed. Randin, page 201, section "la construction de la personne", chapitre "Vers une approche moderne des valeurs : leur construction chez l'adulte équilibré".

Ma cliente du dernier intensif m'avait demandé un entretien, que nous eûmes juste après le repas.

L'après-midi une participante évoqua un cas professionnel : Educatrice spécialisée, elle se trouve confrontée à l'attitude irrespectueuse de certains garçons vis à vis d'une jeune fille de son groupe, et ne peut compter sur le soutien de leur éducateur, qui estime comme eux "qu'elle provoque".

Elle se met bien sûr à la place de la jeune fille et est scandalisée de cette situation.
Pour ma part, sans les approuver, je me mets à la place des garçons, car je me souviens de la grande misère sexuelle dans laquelle je me trouvais moi-même à leur âge.
La seule différence était qu'au lieu de passer à l'acte comme eux, j'avais refoulé mes pulsions.
Il s'en était suivi un grave problème psychologique.

Je me souviens d'ailleurs que par la suite, à 20 ans, lorsque j'avais commencé une psychothérapie, mon thérapeute m'avait dit : "Vous aviez le choix : soit être délinquant, soit être malade mental."
J'avais "préféré" le 2e choix.

J'ai pris la précaution d'exprimer ce ressenti après que la personne se soit bien longuement exprimée . Cependant à peine avais-je fini qu'elle a repris son discours à l'identique, et que d'autres ont enchaîné après elle dans le style "discussion à thème social".

La remontée de mon souvenir était forte et j'aurais pu être entendu davantage.
Il y a quelque temps, j'aurais protesté vivement, et au besoin avec de la colère, pour ramener vers moi l'écoute du groupe. Mais je me sentais toujours bien, me dis que cela n'avait pas tant d'importance, et laissai faire.

Au repas du soir, je commençai à trouver mon attitude bizarre : en effet, je me sentais vraiment indifférent aux autres, et n'arrivais à m’intégrer à aucune conversation.
Je sortis de table le premier et attendis les autres au salon. Là, je vis que je ne voulais le contact de personne. J'évitais le regard de tous ceux qui passaient, leur tournant ostensiblement le dos, et je commençai à me sentir mal.

Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait, pourquoi cet état s'était installé. Je m'étais senti si bien, jusqu'à présent !
Je me dis qu'il était inutile de rester là, puisque manifestement, je ne voulais voir personne, et décidai de me retirer dans ma chambre.
Je m'allongeai sur mon lit, puis me dis que cela serait bête de passer la soirée comme çela, et d'attendre demain matin pour en parler au groupe.
En m'adressant dès ce soir à quelqu'un, je pourrais gagner du temps, éviter du déplaisir. Ce stage était bien fait pour régler ce genre de problème. Autant en profiter.

Je me dirigeai donc vers ma thérapeute préférée, Raymonde, que je trouvai en conversation avec sa compagne privilégiée, Marielle. J'étais un peu jaloux de Marielle, dont je trouvais qu'elle accaparait généralement trop Raymonde, et j’aurais souvent aimé prendre sa place.
Mais je n'aime pas m'imposer et mes avances sont toujours très discrètes.
Je demandai à Raymonde si elle pouvait me donner une écoute, mais sans insister sur le fait que je me sentais très mal, et que j'éprouvais un sentiment de grande urgence.

Raymonde me dit ; "OK, je me lave les mains et les dents et j'arrive."
Tout content, je me précipitai dans ma chambre pour la ranger, et attendis.
Au bout d'un quart d'heure, je commençai à trouver que c'était long. J'entendais des conversations dans le couloir, et il me semblait que c'était elle et Marielle.
Je me disais : "Elle ne se soucie pas beaucoup de moi, pour continuer à bavarder avec elle."
Je n'allai pas vérifier pour encore une fois ne pas avoir l'air de m'imposer si par hasard c'était bien elle.
Je me mis à faire le Katsugen sur le bord de mon lit.

Le temps passa, et au bout de 3/4 d'heure je n'en pouvais plus. Malgré le Katsugen je me sentais toujours aussi mal, même plus, et je ne pouvais supporter davantage cette attente. Je trouvais qu'il y avait de la part de Raymonde un manque total de considération, et je décidai d'aller m'adresser à quelqu'un d'autre

A la cafétéria je trouvai un groupe en train de bavarder autour d'une table. Je leur demandai si quelqu'un d'entre eux pouvait me donner une écoute.
Julie me proposa d'aller voir où en était Raymonde. Mais je répondis que j'étais trop furieux contre elle et ne voulais plus avoir affaire à elle.

Ils eurent l'air un peu embêtés, puis me proposèrent de m'écouter en groupe. J'acceptai, comprenant que ma demande pouvait être lourde pour une seule personne. Deux partirent se coucher, et trois restèrent à ma disposition.

Il y avait peu de monde à la cafétéria, mais la télé était allumée et je ressentais que j'avais besoin de pleurer.
Je proposai d'aller dans un lieu plus tranquille et nous nous dirigeâmes vers ma chambre.
Au haut de l'escalier, nous eûmes la surprise de tomber sur Raymonde, toute radieuse et joyeuse, qui me dit : "Mais Yves, où étais tu, je n'arrête pas de te chercher !"
Je me dis intérieurement qu'il était bien temps, et passai devant elle glacial, sans la regarder, et en ricanant.
Les autres me suivirent, rendues muettes par la surprise et la gêne, sauf la dernière qui expliqua la situation.

Raymonde le prit très mal et rentra dans sa chambre en claquant la porte et nous traitant de "sales cons".

Les autres étaient consternées, mais je dis qu’ à moi cela ne faisait ni chaud ni froid. Que cela était son problème. Qu'elle était libre de ses réactions.
Julie se sentait mal de la laisser seule dans sa chambre et alla la rejoindre.
Je restai avec deux, qui n'étaient pas très sereines pour être à mon écoute, et cela ne marchait pas.
Au bout d'un moment, elles dirent que peut-être quelquefois il fallait accepter que, malgré tout le désir du contraire, cela ne marche pas. Elles s’apprétaient à partir, désolées.

A ce moment que je réalisai que ce qui m'avait rendu mal, était que dans l'après-midi, lorsque je m'étais exprimé au sujet de mon adolescence et de ma solitude sexuelle, je n'avais pas été suffisamment écouté.
Aussitôt, je me sentis mieux. Je réalisai aussi que Raymonde, en tardant à venir à mon écoute, en avait rajouté une couche. Cela avait renforcé mon sentiment initial de ne pas suffisamment être pris en compte, et je m'étais senti encore plus mal.
Je n'avais pas eu besoin de pleurer pour me sentir mieux, comme je l'avais cru au départ, mais seulement de comprendre
Je remerciai mes compagnes et me couchai serein.

Le lendemain matin je n'étais tout de même pas très brillant, et en parlai dès l'ouverture.
Raymonde expliqua qu'elle est toujours longue à se préparer. Quand elle avait massé Marielle elle l'avait fait aussi attendre une heure. Ce n'était pas elle qui bavardait dans le couloir devant ma porte.

Je lui dis que je ne lui en voulais plus, mais demandai la constitution d'un petit groupe pour pouvoir continuer de m'exprimer plus efficacement.
Une petite bande vint avec moi, avec Barbara comme facilitatrice.
Le thème que j'évoquai fut celui de la solitude, de la non-écoute ; toutes les personnes présentes se sentaient personnellement très concernées par cela.
En évoquant le seule période de ma vie où, heureusement pour moi, j'avais eu le sentiment d'être fortement reconnu, de grosses larmes me vinrent.
Mais plusieurs qui voulaient me soutenir d'un geste tendre firent que je me bloquai et repris le contrôle.
Un mouvement vers moi me suscitait de la méfiance.
Apparemment, chacun ne réagit pas comme cela au contact corporel. Lucienne dit qu'au contraire cela lui permet de pleurer davantage.
Barbara était très frustrée de mon refus et avait très envie de me faire un "Hug"
Finalement, elle se leva, me demanda explicitement de venir et de mettre mes bras autour d'elle.

Même si je n'avais pas pleuré toutes mes larmes, cette séance m'avait fait le plus grand bien, ne serait-ce que par l'attention que j'y avais reçue.
Je n'étais pas cependant à l'identique de l'état de "non besoin" où je me trouvais lorsque j'étais arrivé à ce séminaire.
J'avais repris contact avec le marécage de profonde tristesse que je me rappelais avoir toujours eu au fond de moi. Peut-être étais-je à présent capable de l'explorer.

Bruno était présent dans notre petit groupe, et son témoignage personnel m'avait fort intéressé et apporté.
Il rapporta comme, dans son enfance, il avait appris la vie sociale avec les autres enfants au bas de son HLM.
Comme il avait connu la solitude beaucoup plus tard, lors d'une séparation avec une compagne. Qu'il avait accueilli et exploré cette solitude, et s'en était fait également une sorte de compagne.

L'après midi, il y eut encore des explications entre Raymonde et une de celles qui m'avaient accompagné la veille dans ma chambre. Il fallut un certain temps pour que s'installe une reconnaissance mutuelle, et, avant le départ, je m'assurai auprès de Raymonde que tout avait été bien nettoyé entre nous. Il était évident que oui.

Je profitai de la voiture de Bruno pour vite rejoindre la gare, car j'avais hâte de retrouver mes amis à Paris et mon grand garçon Mathieu.

Neuvième séminaire de WE

Dans l'intervalle j'étais retourné voir Chantale, ma magnétiseuse/masseuse, et mon confort corporel personnel s'était accru d'une façon considérable.
J'avais en outre supprimé toutes les céréales de mon alimentation, ajoutant une sensation supplémentaire de bien-être.
Cela me rendait plus disponible vis à vis d'autrui, et notamment ma relation avec mon amie, a mon grand étonnement, s'était encore améliorée.
Mais paradoxalement cela me procurait une frustration plus grande, car, malgré cette relation exceptionnellement bonne, je ne trouvais toujours pas mon épanouissement sexuel.
Après, notre dernière entrevue cela me causa une très grande tristesse, et c'est avec ce sentiment que j'arrivai à ce séminaire, avec l'espoir de trouver un réconfort auprès de mes partenaires.

J'avais été invité au centre de bien-être EOLIS à faire fin mars une présentation de l'ACP.
J'avais l'impression d'en avoir bien intégré les principes, mais aussi de ne rien savoir de tangible, comme la tête vide à ce propos.
A ce séminaire j'avais donc également la motivation de me rafraîchir l'esprit sur le plan théorique.

Nos facilitateurs étaient Melchior et Josette, que nous avions déjà pu apprécier auparavant, et c'est en toute confiance que j'étais venu.
Le séminaire avait à nouveau lieu au CREPS de Chatenay Malabry, que jusque là nous n'aimions pas trop.
Mais nous fûmes agréablement surpris que tout se passât bien. Il y avait peu de monde, le personnel d'accueil était aimable, les chambres avaient été refaites à neuf, la nourriture était bonne !

Contrairement aux autres fois en ce lieu, nous fûmes tout de suite dans l'ambiance et au travail.
Etait-ce le changement des conditions extérieures, ou nous qui avions mûri, ou les deux ?

Lucienne démarra sur sa difficulté à recevoir des sentiments positifs, comme si elle ne les méritait pas, même plus comme s'ils répondaient à une imposture de sa part, une tromperie faite envers l'autre, ce qui lui suscitait un sentiment de culpabilité.
Elle demanda si d'autres vivaient une chose semblable, et plusieurs lui dirent que oui, s'exprimant là dessus chacune leur tour.

Pour ma part j'étais complètement pris par mon sentiment de tristesse, et écoutais comme en décalage.
L'échange présent, bien que partant d'expériences très personnelles, me semblait plutôt se situer sur le plan de la connaissance de l'ACP ou des interactions psychologiques en général.
Mon besoin était de l'ordre du travail personnel, et je fis part de mon hésitation à le proposer au groupe.
Ils me répondirent vouloir donner priorité à la "rencontre", comme cela s'est fait jusqu'à présent.
Ce groupe est à la fois de formation et de thérapie, et l'un et l'autre s'imbriquent.
Immédiatement le groupe en entier m'assura toute son attention, je vérifiai tout de même auprès de quelques personnes si c'était bien OK.

Je n'étais pas du tout sûr de ce qui allait pouvoir se passer, j'avais juste à énoncer ma situation, ce qui allait prendre très peu de temps, et après, le vide ?
Je m'expliquai donc brièvement, puis silence...
Quelques interventions me permirent de fouiller davantage en moi et de mieux ressentir les circonstances, l'environnement autour de mon problème.
En en parlant, je fis le lien avec le premier thème abordé : moi aussi je trouvais bizarre qu'on m'aime, l'autre ne se trompait-il pas, était-ce bien réel, et cela me ramenait à ce sentiment d'irréalité que j'avais ressenti lors de mon "craquage" à 16 ans (voir " Recherches thérapeutiques ").
En ce qui concerne la sexualité, j'étais toujours dans ce même sentiment d'irréalité, l'impression d'être séparé par un mur de verre, devant un partenaire impossible à rejoindre.
J'étais un peu dans la situation de Tantale : tout devant moi, à ma portée, mais ne pas pouvoir l'atteindre.

Cette écoute approfondie me fit du bien, ma tristesse avait disparu, j'étais à nouveau dans un état d'éveil agréable.

Deux questions nous avaient été transmises par Olga :
Pour la prochaine rencontre il n'y aurait pas de lieu à Paris, le seul disponible serait à Habère Poche.
Henri , qui nous avait quittés à la fin du 3e séminaire, en octobre 2001, demandait à être avec nous pour un prochain W.E..

Ces deux questions avaient déjà bien alimenté les conversations lors des pauses et des repas.
Mais, pour y répondre définitivement, nous ne pouvions éviter de les traiter en séance, en espérant que cela ne prenne pas trop de temps.
Nous avions déjà l'expérience comme il est difficile de prendre une décision en groupe qui satisfasse tout le monde.
Lors du premier intensif, nous avions passé presque une journée rien que pour organiser une ballade à pieds.
Cela était resté dans les annales.

La question du lieu fut réglée assez vite : tout le monde accepta de se rabattre, en dernière extrémité, sur Habère Poche, sauf Marielle, qui désira prendre du repos.

La question d'Henri fut plus épineuse.
Nous n'étions que deux à ne pas souhaiter sa venue, tous les autres y étant plutôt ou très favorables.
Bientôt ma collègue se rallia à la majorité, tandis que je restais ferme dans mon non-souhait.
La situation était cornélienne, car personne ne voulait m'imposer une décision, et tout le monde souhaitait fort revoir Henri.
J'étais touché de sentir qu'on prenait vraiment en compte mon sentiment, mais je n'avais pas envie de le dénier simplement pour leur faire plaisir.
Après tout, ici, tout le monde exprimait sa vérité et ses besoins, la discussion sur le lieu me l'avait montré, alors pourquoi pas moi ?

En parlant plus profondément sur mon sentiment et mon besoin, il m'apparut nettement que c'était la peur de manquer de sécurité qui était déterminant.
Je ne pouvais envisager de passer tout un W.E. avec Henri, de peur de ne pouvoir y trouver ma place si, comme cette fois ci, j'en avais un besoin urgent.
A moins de piquer une colère, comme je le faisais alors.

Il me vint alors une idée : je pouvais lui accorder un certain temps si, après, j'étais sûr de pouvoir bénéficier de l'attention du groupe, en cas de besoin.
Je proposai donc qu'il vienne lors du premier W.E. du prochain intensif, fin mai prochain en Bretagne.
Cela constituait un compromis convenable pour tout le monde, et cela fut adopté.
Je me sentais pour ma part tout à fait rassuré et prêt à recevoir Henri sereinement.

Nous demandâmes à Melchior si les prises de décisions étaient aussi longues et difficiles dans les autres groupes.
Il nous dit avoir trouvé que nous avions pris notre décision particulièrement vite.
Que nous lui paraissions être un groupe très mature, et qu'il nous trouvait tous beaucoup plus sereins, calmes, sécurisés, que lors de son précédent passage, en octobre 2000.
Nous aussi nous ressentions cette sécurité et cette confiance entre nous, et c'est pour cela que l'annonce de l'arrivée éventuelle d'Henri m'avait fait peur : il n'avait pas suivi le même parcours que nous depuis un an 1/2, et je craignais qu'il ne soit en décalage.

Deux bonnes nouvelles nous furent annoncées coup sur coup : deux membres de notre groupe attendaient un enfant.
Pour l'un et l'autre c'était une surprise, d'un côté il était accueilli avec sérénité et confiance, de l'autre avec une inquiétude assez forte au sujet de l'organisation pratique de la vie et de la carrière professionnelle.

Il y eut de longs échanges sur l'interruption de grossesse, la différence psychologique entre l'homme et la femme devant la grossesse, la difficulté qu'ils peuvent avoir à être sur la même longueur d'onde lors de cet évènement, à pouvoir prendre en compte l'état d'âme de l'autre, souvent si différent.

La personne inquiète se sentit tranquillisée d'avoir pu en parler.
Je me rendis compte comme, dans ces circonstances, il est utile et important d'avoir une tierce personne ou un groupe à qui parler en confiance.

Il fut aussi évoqué une question professionnelle : nos limites à aider une personne qui manifestement est dans des délires pathologiques importants.
D'où peut-être l’intérêt d'avoir des connaissances en psycho-pathologie, qui font d'ailleurs l'objet d'une formation spécifique au PCAIF.

Egalement, comment articuler en entretien l'attitude purement thérapeutique avec le conseil pratique, dont tant de clients en difficulté ont évidemment aussi besoin.

Nous nous quittâmes tous très satisfaits de ce séminaires, que nous avons vécu comme très riche et intense, et pour ma part j'ai apprécié la discrétion et la présence tranquille des facilitateur/trice.
Un grand merci.

10ème séminaire de WE

Ce séminaire eut lieu à nouveau à Habère Poche, cela faisait loin pour un WE, mais je fis l'effort d'y aller, puisque je le pouvais.
Certain(e)s ne purent venir, et nous nous retrouvâmes en effectif réduit : 9 à 10 stagiaires selon les jours.
Nous étions coanimés par Olga et Claude, que nous connaissions déjà.

Cette fois-ci je m'étais réjoui intérieurement assez longtemps à l'avance de la venue de cette rencontre, et j'eus grand plaisir à retrouver au repas de vendredi midi les premières arrivées.
Je me sentais en forme, et cette première après-midi j'écoutai.

Nathalie évoqua ses craintes relatives à la nouvelle responsabilité que lui donnait sa récente promotion professionnelle, en tant que thérapeute dans un centre social.
Spécialement lui posait problème le regard de ses consoeurs non ACP.
Accepteraient-elles que le processus thérapeutique soit quelquefois moins visiblement efficace au début ?
Elle se sentait plus à l'aise dans son ancien rôle en relation d'aide non officielle.
Elle avait l'impression qu'à présent on attendait d'elle un résultat tangible.
Elle ne pouvait en être sûre à l'avance, au stade actuel de son expérience, tout en étant très convaincue intérieurement de la grande valeur de l'ACP.


Raymonde parla de sa difficulté à être entendue et reconnue, dans sa vie professionnelle aussi bien que familiale, ce qui suscitait chez elle des manifestations émotives excessives, qui lui rendaient la vie sociale très difficile.
Elle disait aussi se sentir au milieu de nous comme avec des amis et en confiance, libre de tout exprimer.
Je trouvais qu’ elle s'exprimait plus aisément qu'avant, avec une émotivité présente certes, mais plus maitrisée.
Elle avait donc évolué selon ses souhaits et j'en étais heureux pour elle.
Elle n'avait pas jusque là exprimé cette confiance envers le groupe, vers certaines personnes seulement.
Elle avait essayé de contrôler son envahissement émotionnel en ne disant rien, ne se livrant pas.
A présent, c'était un autre processus : la tempête émotionnelle s'était calmée par la confiance dans le groupe, il ne devenait plus dangereux de s'exprimer.

Joelle parla de son très difficile divorce, qu'elle n'aurait pu entreprendre sans l'appui moral du groupe.
Sa situation familiale suscita de très fortes réactions personnelles, qui posèrent la question de leur adéquation, dans une relation ACP.
Joelle répondit que cela ne l'avait pas gênée, mais au contraire permis d'aller plus loin dans l'exploration d'elle même.

Quelqu'un proposa pour le samedi un travail spécial : groupe à thème (sur le pouvoir, par exemple), réponses thérapeutiques ou laboratoire d'empathie.
Aussitôt nombreuses furent celles qui embrayèrent sur le thème du pouvoir : pouvoir du mari sur la femme, du parent sur l'enfant, du fort sur le faible, en général.
Je trouvai que me concernait davantage un autre aspect du pouvoir, celui du faible sur le fort.
Comme il s'agissait de ma vie très privée, je désirai en parler en petit comité, en laboratoire d'empathie, par exemple.

Il en fut décidé ainsi, et nous nous retrouvâmes l'après-midi à trois stagiaires plus Olga.
Je m'exprimai d'abord, exposai toute ma problématique, mais n'y trouvai aucun soulagement.
Le commentaire d'Olga fut que mon écoutante s'était contentée de m'écouter, sans intervenir à aucun moment pour souligner mes émotions.
Mon écoutante répondit qu'en effet elle avait ressenti tout au long de l'entretien ce qui se passait en moi, et comment elle aurait pu intervenir, mais ne l'avait pas concrétisé.
Qu'il s'agissait d'une coupure en elle, un manque de communication entre le bas et le haut, pas seulement lors de cet entretien, mais dans sa vie en général.
Olga dit que justement le but de la thérapie ACP était de réunir ces deux parties de nous-mêmes.

Ce fut ensuite mon tour d'écouter. Je crus l'avoir bien fait, ma cliente fut même l'objet de très fortes émotions, mais Olga me fit remarquer que je ne soulignais pas assez dans mes interventions l'aspect émotionnel, insistant davantage sur le sens.
Je n'avais pas trouvé utile de le faire, puisque ma cliente avait spontanément manifesté de fortes émotions. Pour moi, vu que l'émotion s'exprimait d'elle même, je n'avais rien de plus à faire.
Eh bien non, je n'étais pas quitte pour autant : il était mieux d'exprimer verbalement à ma cliente que je reconnaissais, acceptais l'expression de ses émotions.
c'était pour moi une donnée nouvelle ; dans les thérapie non ACP que j'avais pratiquées jusque là, l'expression émotive était le but, curatif en lui-même.
Ici elle n'est pas le but, et c'est la relation qui est curative.

Je fus à mon tour observateur.
Mon attention se porta davantage sur la personne qui s'exprimait que sur celle qui écoutait.
La difficulté était d'être ouvert au deux à la fois, le but étant d'apprécier la qualité de l'écoute donnée.
Je fus incapable de donner un avis, à part sur l'attitude corporelle de la personne.
Il est vrai, pour ma décharge, qu'il n'y avait eu aucune erreur notable, qui aurait pu attirer mon attention.
Mais je me souvenais encore des observations de Giovanella, si précises, fouillées, foisonnantes, que je me trouvais nul de n'avoir rien dit.
Olga était plus sobre et synthétique, et peut-être pour cela je retenais mieux ce qu'elle avait dit.

Le dimanche matin je me retrouvai assez tendu.
Dès l'entrée Marguerite fit circuler une collection de pierres remarquables qu'elle avait ramassées dans le désert, où elle avait vécu de fortes expériences spirituelles.
Je rongeai mon frein le temps que tout le monde examine, tourne et retourne les pierres, puis quand le calme fut revenu exprimai mon désir de parler.
Je repris en termes plus généraux ce que j'avais exprimé au laboratoire d'empathie, sans en éprouver de libération à ce moment là.
Il s'agissait de mon désir de me recentrer sur mes propres besoins, au lieu de me consacrer à satisfaire ceux des autres, comme j'avais jusqu'ici pris l'habitude de faire.
De ma difficulté, ma crainte même, à faire le "basculement", avec des personnes habituées de ma part à une certaine attitude, qui répond infailliblement à leurs besoins d'aide, de soutien, de plaisir, etc..., sans que les miens propres soient pris en compte.

Une situation où je me suis mis en rôle de "donneur", de fort, qui protège et rassure.
Etre au service de l'autre, pour être sûr d'être intéressant.
Pour donner un certain "contenu" à la relation.
Mais maintenant je ne veux plus être seulement dans ce rôle, je veux aussi recevoir, et pour cela je suis bien décidé à faire la grève du don.

Anne m'exprima que malgré cette grève elle n'avait jamais autant reçu de moi.
Quand j'arrive et dis bonjour au petit déjeuner, par exemple.
Dans tous les contacts informels qu'elle a avec moi, où elle se sent rassurée et en confiance.
Alors qu'au début de la formation ce n'était pas du tout le cas : je lui faisais peur, et elle n'osait même pas me regarder. Que j'avais considérablement changé.

Cette intervention me fit prendre conscience que je pouvais peut-être donner sans le faire exprès, et que j'avais alors moins de souci à me faire quand à mon "basculement".

Mais Raymonde exprima que pour elle j'avais toujours été le même.
Je me dis qu'en effet c'était grâce à des personnes comme elle que j'avais changé :
Je n'avais pas suscité chez elles de la peur mais un sentiment positif, dont je m'étais abondamment nourri.
C'est d'elles que j'ai reçu la "considération positive inconditionnelle", dont parle Rogers, malgré mes colères et ma violence d'alors.

Nous fîmes notre dernier repas ensemble, où je me gavai de dessert "Ile flottante", contraire à mon régime idéal, et nous nous quittâmes dans la perspective d'une proche retrouvaille, en Bretagne près de chez moi.

Je partis plein de leur amour dont je me délectai durant tout le trajet de retour et que je ressens toujours très vivant au fond de moi.