Deuxième session intensive
J'allai à ce séminaire en toute
tranquillité, sans impatience ni angoisse, comme s'il
s'agissait d'une activité tout à fait ordinaire.
La réunion avait à nouveau lieu à Habère Poche,en Haute
Savoie, comme en Mai dernier.
Nous arrivâmes avec la neige, mais dès le lundi elle
disparut et il fit doux, nous eûmes même de belles journées
ensoleillées que nous mîmes à profit pour nous promener
dans les environs, qui sont très beaux.
Cette fois-ci, je fus moins bouleversé émotionnellement, et
je fus plus disponible pour sortir avec mes camarades.
Etait venue une coanimatrice italienne, Giovanella, d'une
grande expérience et d'un grand rayonnement intérieur. Tous
apprécièrent grandement sa présence.
Deux nouvelles participantes s'étaient jointes au groupe,
et en somme remplaçaient les deux hommes partis. Nous
étions à nouveau treize, plus deux co-falicitatrices, soit
quinze personnes en tout.
Les deux premiers jours furent plutôt consacrés à la
rencontre des deux nouvelles et à des échanges d'ordre
plutôt général.
Le thème de l'éducation occupa beaucoup de temps.
Giovanella n'arriva que lundi, et pour nous connaître elle
nous demanda de participer à un petit test : choisir dans
un tas de photographie découpées dans des magazines celles
qui nous correspondaient le plus (5 à7) et les commenter.
Je trouvai illustrés les thèmes que j'aimais : le ciel avec
le soleil et les nuages, l'orage avec la pluie et les
éclairs, un groupe d'enfants rieurs, une forêt, une ferme
ancienne, un diablotin se chauffant les mains au feu de
l'enfer, Adam et Eve nus au paradis, prêts à croquer la
pomme sous le regard du serpent.
Comme à mon habitude je mis les pieds dans le plat pour
signaler que je m'ennuyais ferme lors de certaines
interventions d'ordre trop général, et d'autres
intervinrent dans le même sens, en désignant nommément une
des deux nouvelles, qui reconnut bien volontiers ne pas
oser s'engager dans des choses personnelles et profondes,
car non habituée à se livrer devant un groupe.
Il est vrai que je m'énervais intérieurement moi aussi lors
de ses interventions, mais je n'avais pas osé la mettre en
cause directement.
Il y eut aussi de la part de ces personnes contestataires
et de moi-même l'aveu de la culpabilité que nous avions
éprouvée après avoir manifesté notre désaccord.
Cela entraîna un échange sur le lieu de l'évaluation,
interne ou externe : notre centre d'évaluation interne nous
avait fait protester contre ce qui se déroulait et qui
était apparemment accepté par tous (tant que personne ne
protestait).
Mais le poids de l'évaluation externe (du moins telle que
nous l'imaginions) nous faisait nous sentir coupables
d'avoir interrompu un processus voulu par la majorité.
Nous prenions conscience que notre évolution devait être de
plus en plus d'entendre et suivre notre évaluation
d'origine interne.
Comme pour illustrer cela il y eut un incident : une
participante demanda en pleine séance de travail à Olga
(facilitatrice régulière et organisatrice de la formation)
quand arriverait Giovannella, la facilitatrice italienne.
Olga répondit d'un ton un peu irrité qu'elle l'avait déjà
dit, et qu'il lui était pénible de sortir de la
concentration dans laquelle elle se trouvait lors de son
travail de facilitation, pour réfléchir à des données
pratiques qui relevaient d'un autre état d'esprit.
La participante reçut cette réponse comme un rejet et un
jugement, et répondit vivement en disant qu'elle avait
remarqué depuis toujours qu'elle agaçait Olga, et que de
toute façons elle aussi, Olga l'agaçait.
Olga s'en tint à ce qu'elle avait déjà dit, ce qui ne calma
pas la personne, au contraire.
Cela eut lieu dans la matinée du lundi, la participante fut
trop bouleversée pour déjeuner à midi et dîner, et ne
réapparut fraîche et dispose que le lendemain matin (après
avoir tout de même bénéficié de l'aide individuelle de
plusieurs personnes, dont Olga elle-même).
Olga interrogée à ce sujet déclara qu'elle ne se sentait
pas coupable.
J'en conclus qu'elle avait suivi les indications de son
centre d'évaluation interne, même si les conséquences
risquaient d'être pénibles pour son interlocutrice.
Pour ma part, j'aurais peut-être été plus "gentil" avec la
personne, suivant ainsi une évaluation externe qui me
demanderait de ne pas prendre en considération mes propres
ressentis pour me conformer aux demandes des autres et que
"tout aille bien".
Le lendemain l'une des deux nouvelles s'exprima d'une façon
personnelle et impliquante, le surlendemain l'autre en fit
autant.
Cela déclencha en retour d'autres témoignages très forts,
et je retrouvai l'atmosphère intense que j'aime tant.
Mais en même temps certains récits étaient très éprouvants
par l'intensité de la souffrance exprimée, et je me dis que
chacun avait en lui, à travers des expériences très
différentes, une cachette pleine de souffrance, et que
celle-ci devait être d'autant plus grande si la personne
était sur la défensive, le retrait, la protection.
Bien entendu il n'y avait pas d'échelle des souffrances,
elle n'était pas mesurable.
Tout en éprouvant de fortes émotions, j'écoutai tout ceci
néanmoins avec une relative tranquillité. Cela ne suscita
pas en moi de débordements irrépressibles.
Après leur témoignage, les deux nouvelles me parurent aussi
proches que les anciennes. Je ne faisais plus la
différence.
J'exprimai alors le désir de participer à un laboratoire
d'empathie, avec enregistrement vidéo et audio. Deux
personnes pour qui j'ai beaucoup de sympathie se
déclarèrent partantes avec moi, Giovanella fut notre
superviseuse.
Nous quatre allâmes nous isoler dans une salle à part.
(Pendant ce temps, le reste du groupe échangea sur le thème
de la relation de couple).
Le principe était : l'un parle, l'autre écoute, le
troisième, ainsi que la superviseuse, observe et prend des
notes.
Nous décidâmes d'un temps de 20 minutes, au bout duquel
chacun donnait son ressenti : l'écoutant comment il
appréciait lui-même son écoute, quels en étaient les points
forts, les points faibles, ce qu'il pourrait améliorer.
L'écouté s'il avait eu le sentiment d'avoir été bien
écouté, ce qui l'avait gêné ou aidé.
L'observateur ne devait dire son appréciation qu'au sujet
de l'écoutant,ne rien dire à propos de la personne s'étant
exprimée ; celle-ci étant par principe libre de dire ce
qu'elle veut comme elle veut.
Enfin la superviseuse exprime son point de vue (à la fois
sur l'écoutant et l'observateur), riche de toute son
expérience professionnelle, pleine de délicatesse et de
positivité, mais cependant ne laissant rien passer et très
fouillée dans le détail et la rigueur.
C'était très instructif.
Ceci fait on permute les rôles, afin que chacun puisse
faire l'expérience des trois positions.
Ce qui ressortit de cette expérience, c'est d'abord
l'évidence de la présence du climat, créé par l'attitude
empathique, positive, très attentive de chacun de nous.
Cela permit à notre écoute d'être efficace, même si en
qualité de débutants certaines de nos interventions furent
maladroites.
En effet chacun des "écoutés", malgré la courte durée du
temps imparti, alla très profond dans ses émotions et
arriva à la fin au sentiment d'avoir découvert quelque
chose de nouveau, dont il n'avait pas pris conscience
antérieurement.
Si cela se présente sous forme d'évidence lumineuse,on
appelle ça " insight".
L'une d'entre nous eut ce genre de sentiment.
Ainsi, pour ma part, je pensais ne pas avoir grand'chose à
dire.
Aussi je partis sur mes sensations corporelles,
essentiellement sous forme de tensions à la nuque et aux
épaules.
Puis je dérivai sur le sentiment que cela pouvait recouvrir
: la peur.
Et je dérivai sur des choses très profondes de mon enfance
et de ma vie d'adulte, qui libérèrent de très fortes
émotions.
Mon écoutante commit quelques erreurs notoires, mais cela
ne me gêna pas outre mesure : je rectifiai le tir et
continuai mon récit dans la direction qui me convenait.
Au "feed-back" je remarquai qu'avec une professionnelle je
n'aurais certainement pas reçu avec autant de tranquillité
ces erreurs.
Ma réponse aurait été très certainement très percutante.
Mais là je corrigeai doucement car je sentais très fort
l'intention positive de mon écoutante.
Je fus étonné de pouvoir en si peu de temps dire des choses
si profondes.
Mon point de vue sur la durée non limitée des entretiens se
modifia :
Le fait de mettre une limite influençait-il la profondeur
du ressenti ?
Ou seule la qualité de l'écoutant intervenait-elle ?
Revenus dans le grand groupe nous racontâmes notre
expérience et cela donna envie à d'autres, jusque là
hésitants, de faire la même chose.
Ce qui les décida fut moins ce que nous disions que la
vision de nos mines épanouies.
Il y eut une longue discussion pour savoir qui irait avec
qui et finalement, avec l'accord de tous, trois allèrent
avec Giovanella et la caméra, quatre avec Olga, et nous
restâmes six en petit groupe sans facilitatrice.
En faisaient partie mes deux compagnes de laboratoire de la
veille, les trois autres étaient également des anciennes,
avec lesquelles j'ai d'excellents rapports.
L'une d'elles s'exprima longuement.
Je l'écoutai paisiblement et sereinement, et quand elle eut
fini, on me fit remarquer que je semblais bien dans ma
peau,que je semblais même rayonner.
Je répondis qu'en effet je me sentais bien, et j'expliquai
qu'y contribuait sans doute le fait que dans ma vie privée
j'avais mis les pendules à l'heure, et n'avais plus de
problèmes en suspens.
Au départ il me semblait n'avoir rien de spécial à dire,
puisque justement je me sentais bien, sans tension, et
c'est pour cela que j'avais été bien disponible pour
écouter le première intervenante.
Encouragé par l'intérêt que je suscitais, je continuai à
m'exprimer sur moi-même, d'abord sur un registre positif et
serein, puis de fil en aiguille abordai quelques sujets à
problèmes, pour enfin, à mon grand étonnement mais aussi
pour mon plus grand bien,me trouver à parler de choses
profondes et fondamentales,avec force larmes et sanglots !
Je pus mesurer ainsi la qualité de l'écoute qui m'avait été
donnée, car dans des circonstances ordinaires je n'aurais
jamais abordé ces sujets, qui touchaient à des domaines
vraiment sensibles de ma vie.
Les deux autres groupes avaient terminé et vinrent nous
rejoindre.
Cela écourta un peu la fin de mon témoignage, et deux de
mes écoutantes me le firent remarquer en venant vers moi.
Spontanément nous nous prîmes dans les bras, et restâmes
ainsi longtemps enlacés, la tête penchée sur l'épaule de
l'autre.
C'était tellement bon que nous n'arrivions pas à nous
séparer.
Il me semblait qu'une immense énergie circulait en nous
trois et nous unifiait.
Je me dis que ce n'était plus seulement de la
"considération positive inconditionnelle", mais que c'était
vraiment de l'amour, à l'état pur.
Je me sentis comme transformé, et dans un état second.
Une fois séparés, je restai en esprit dans cette embrassade
à trois, je demeurai dans cette puissante énergie.
Je restai dans ce climat même une fois rentré chez moi,
transportant partout avec moi la présence de mes compagnes
d'écoute et de liberté bienveillante.
Cela eut une conséquence sur la relation avec mon amie :
Je me sentis avec elle plus en confiance, plus détendu,
plus "cool", et la perçus plus proche, plus réelle, plus
parfaite et plus "telle que je la désirais", et nous eûmes
une super relation.
Le dimanche matin fut consacré aux dernières impressions.
Les uns et les autres furent assez longs à prendre la
parole, tout le monde ne s'exprima pas.
Les départs se firent d'une façon échelonnée, je me
retrouvai dans les quatre derniers qui restaient au
déjeuner de midi, et au retour je pus encore prolonger en
voyageant jusqu'à Paris avec une des deux nouvelles.
A la fin de ce séminaire, je ne sentais pas de vide ni de
manque.
Je sentais en moi la présence de toutes les personnes avec
qui j'avais vécu des choses importantes.
Je me sentais accompagné.
Troisième séminaire de week
end
J'étais pressé de revenir à ce
séminaire pour retrouver mes soeurs.
J'étais encore imprégné de leur présence qu'il me tardait
de renforcer de leur réalité.
Mais déception, 3 étaient absentes, et non des moindres.
De plus, ce n'était pas Olga qui animait comme d'habitude,
mais son mari Patrick.
Je connaissais déjà Patrick pour avoir suivi avec lui les 4
week-ends de "l'école des émotions", remplacée maintenant
par
"La redécouverte de vos émotions et la recherche de vos
valeurs"
J'appréciais la parole de Patrick, qui exposait avec
beaucoup de précision et de sensibilité ce qu'était l'ACP,
mais je redoutais sa tendance à parler beaucoup, donner
beaucoup de place au verbe, au détriment des silences et de
la profondeur.
Mais comme pour rééquilibrer était venue Josette, une
charmante facilitatrice psychothérapeute de son métier.
Elle était très posée, discrète, mais cependant
intervenante, employant une reformulation quasi-basique
mais toujours juste et bien centrée sur l'émotion et le
ressenti de la personne qui s'exprime.
Je la trouvais très aidante et rassurante, apaisante.
Comme je le craignais, d'emblée Patrick prit la parole
longtemps,entre autres choses pour se présenter.
Je ne prends jamais de notes d'habitude, mais cette fois-ci
j'en pris pour noter la durée et le thème des interventions
de Patrick.
Il se déclara très gourmand de relations humaines, et
présentement très en appétit.
Pour cette première intervention, je notai une demi-heure.
Au repas je parlai de l'attitude de Patrick avec d'autres
stagiaires, et on me signala qu'Olga ne s'était jamais
présentée au groupe.
Quand on lui en avait fait la remarque, elle avait répondu
que cela ne le lui avait jamais été demandé par le groupe.
Cependant sa vie ne nous était pas inconnue, car elle
répondait volontiers hors groupe aux questions qui lui
étaient posées sur son parcours personnel.
Quelques personnes s'exprimèrent sur "comment elles avaient
vécu après le dernier séminaire intensif", et dans ce
contexte, j'exposai comment, revenu chez moi ouvert et
radieux, j'avais vécu avec mon amie une superbe relation
pendant quelques jours, puis qu'une contrariété avec un ami
qui ne pouvait m'assister dans une démonstration d'Aikido
m'avait refermé, et je m'étais retrouvé avec mon amie, qui
pourtant n'y était pour rien, dans ma relation antérieure,
moins chaleureux, plus distant.
J'en étais très frustré et prenais conscience qu'il y avait
en moi une instance qui ouvrait et fermait les portes,
complètement en dehors de ma volonté.
Bien que cela ne m'apporta pas de solution, cela m'avait
fait du bien de parler de ça, et je me trouvai très bien le
lendemain matin au petit déjeuner à parler avec le 2e homme
du groupe, si bien que j'arrivai en retard, ce qui n'était
pas mon habitude.
Patrick parlait encore, et là il s'agissait pour nous
d'envoyer au PCAIF après chaque séminaire une sorte de
rapport de stage, au titre de "l'intégration cognitive".
Une discussion s'engagea là dessus, certain(e)s exprimant
carrément ressentir que cette demande allait à l'encontre
de leur recherche actuelle, qui était de l'ordre du "lâcher
prise" et du "non-faire".
L'une exprima même préférer risquer de ne pas avoir son
diplôme de psychothérapeute, auquel elle tenait pourtant,
plutôt que de satisfaire à cette demande, qu'elle sentait
contradictoire avec sa voie nouvellement découverte ici
même, à savoir seulement suivre ses sensations et la
sagesse de son organisme,
Patrick reprit la parole pour répondre à cela et je n'en
pus plus.
(Il avait également parlé pendant plus d'une demi-heure).
Je lui dis que je ne pouvais plus l'entendre, que je ne
l'entendais plus, et que je n'étais pas venu ici de loin,
passer du temps, et payer cher, pour entendre des
discussions et des exposés, mode de communication que
j'avais toujours entendu jusqu'alors et que je pouvais à
nouveau entendre partout ailleurs.
Je ne voulais pas cela, et je voulais quelque chose
d'autre, que j'avais déjà expérimenté dans ce groupe, et
que je ne trouvais jusqu'à présent que là.
Que c'était sans doute parce que j'appréhendais ce style de
propos que j'étais arrivé en retard ce matin.
J'avais parlé avec grande force et conviction, presque avec
colère et agressivité.
Patrick me répondit qu'il se devait de tenir son rôle de
directeur du PCAIF et donc de donner des informations,
qu'il était aussi d'une nature à prendre de la place et
qu'il faisait partie de la réalité.
Qu'il espérait aussi me faire progresser par sa présence,
car c'était aussi avec un facilitateur lui posant problème
que lui-même avait bien avancé.
Je perçus cela comme un défi, du genre "Je suis là comme
cela, que ça te plaise ou non" et lui en fis part.
Il me dit que non, il n'y avait aucun défi, sinon envers
lui-même, il se devait seulement d'être congruent.
Me gênait encore sa casquette de Directeur. Je le lui dis
aussi.
Une autre participante fit écho à ma protestation en disant
qu'elle avait envisagé, aujourd'hui, d'aller se promener à
Paris plutôt que de rester à ce groupe. Mais qu'elle allait
quand même rester.
D'autres dirent aussi qu'elles ne s'étaient pas senties
très à l'aise dans ce groupe jusqu'à présent, et qu'elles
se sentaient mieux dans le nouveau dynamisme que je venais
d’insuffler.
Une autre cependant précisa qu'elle appréciait les
informations de Patrick.
Patrick tint compte de ma demande et un long silence
s'installa.
Comme personne ne prenait la parole, l'occasion m'était
encore donnée de parler ; j'intervins sur le thème du droit
à la colère.
J'avais remarqué que mes colères, dans ce groupe, avaient
eu des effets très positifs, aussi bien sur moi que sur la
vie du groupe.
Des échanges eurent lieu sur ce thème.
Après la pause un long silence n'en finissait pas non plus.
Je proposai alors qu'on se divise en 2 sous-groupes, car
j'avais à dire des choses personnelles qu'il me semblait
devoir être plus facile d'exprimer dans un petit groupe.
De son côté, Patrick proposa un jeu de rôle, où il
appliquerait l'ACP dans une relation difficile jouée avec
un volontaire d'entre nous, d'après des cas vécus dans nos
propres vies.
Il y eut un consensus pour cette séparation, et j'allai
avec Josette et quelques autres, dans une autre salle.
Ce dont j'avais à parler nécessitait que je ressente
beaucoup de confiance, de chaleur et de sécurité.
C'est pour cela qu'il me semblait que cela ne pouvait se
faire dans le grand groupe, ou je craignais que tout le
monde ne soit pas suffisamment attentif ou intéressé, et
aussi d'être perturbé par l'intervention intempestive
d'un(e) maladroit(e).
Pour le petit groupe, il y avait un choix mutuel.
Ne venaient que ceux qui étaient à coup sûr intéressés par
ce que j'allais dire.
Les connaissant, je savais aussi qu'ils n'allaient pas
intervenir à contresens.
Effectivement, la très grande qualité du climat me permit
de parler avec beaucoup de profondeur et d'émotion de ce
qui me tenait à coeur, et d'y trouver un nouveau sens,
comme un élargissement, une accélération, pour ma vie.
Il s'agissait de l'attachement indestructible que
j'éprouvais envers les membres de la famille chez qui
j'avais vécu à l'Ile d'Oléron entre 7 et 10 ans,
circonstance qui avait joué un rôle fondateur dans la
construction de ma personnalité, et dans les motivations de
toute ma vie, et encore à l'heure actuelle.
Je pris conscience qu'il était épanouissant et développant
pour moi d'accepter ce fait comme faisant partie intégrante
de moi et la source de mes valeurs, et d'agir consciemment
selon cette orientation que les circonstances de la vie
m'avait donnée.
Dans cet ordre d'idées, je ressentais beaucoup de femmes de
ce groupe comme mes soeurs, comme autrefois je ressentais
les 3 filles ainées de cette famille de mon enfance comme
mes propres soeurs.
Cela me faisait ressentir comme actuel et vivant un lien
ancien, et ne plus souffrir de leur absence, qui m'avait
beaucoup affecté par la suite, car je les avait perdues de
vue suite à leur départ en Tunisie avec leurs parents..
Je fus très reconnaissant à ces personnes de m'avoir offert
cela.
Le lendemain, encore au bout d'un long silence sans issue,
je proposai à nouveau une séparation en deux sous-groupes,
et une personne qui m'avait écouté la veille exprima le
désir de parler à son tour.
Je me trouvai à nouveau dans presque le même groupe, cette
fois comme écoutant.
J'appréciais beaucoup les interventions de Josette, que je
trouvais très claires, simples et compréhensibles.
Il avait été prévu de se retrouver le dimanche après-midi
en grand groupe, pour échanger nos expériences.
Mais à nouveau le silence d'où rien ne sort, et cette
fois-ci je décidai de ne rien dire jusqu'au bout, puisque
j'étais déjà très satisfait de ce que j'avais pu exprimer
jusqu'ici.
Aux autres de parler !
Ce fut Patrick qui risqua de prendre la parole, exprimant
qu'on pouvait peut-être aussi dire des choses légères.
Cela rencontra un assentiment assez général, et certain(e)s
dirent qu'elles n'avaient pas osé me contrarier en disant
des choses peut-être pas assez importantes.
Et en riant aussi de cette attitude, car cela mettait en
évidence un manque d'affirmation de soi.
C'était l'heure de nous quitter, avec des "au revoir"
encore plus confiants et sympathiques.
Quatrième séminairede week
end
Ce séminaire me semblait très
éloigné dans le temps, trop lointain, puis la dernière
semaine le temps s'écoula à toute vitesse, et brusquement,
c'était demain.
Aux premiers contacts, je me trouvai tout de suite proche
de tout le monde mais, une fois assis en cercle dans la
salle, je restai sur une certaine réserve, comme intimidé,
et ce furent des personnes qui d'habitude s'exprimaient peu
qui parlèrent.
L'une d'entre elles prit très vite la parole, comme sous
l'urgence, et en effet elle partagea les fortes impressions
des cinq semaines qu'elle venait juste de passer dans le
désert en Lybie.
Elle nous dit que nous y avions tous été présents avec elle
dans son coeur et son esprit, et nous ramenait un cadeau,
enfermé dans une petite bourse en cuir qu'elle fit circuler
dans le cercle pour que chacun y prenne le sien.
J'avais espéré un caillou du désert, mais c'était des
colliers tous identiques, une cordelette soutenant un carré
de métal argent serti à sa base d'une verroterie rouge
triangulaire.
Je ne le trouvais pas beau et n'avais pas envie de le
mettre à mon cou.
Peut-être que chacun ait le même me gênait aussi.
Je trouvais que cela faisait un peu secte du temple
solaire.
Je ressentais même quelque chose de mauvais émanant de ce
bijou.
Je le gardai un moment dans ma main pour le charger de mes
ondes positives. Puis, ayant la sensation de ne pas y
arriver, je le posai sur la table derrière moi.
D'autres personnes suivirent sur le thème du voyage.
Notamment l'une d'elles partagea comme le retour lui était
dur. Les contraintes de son travail professionnel et
domestique lui étaient très pénibles et ne lui laissaient
pas de vie personnelle où être libre de faire où ne pas
faire ce qui lui plaît.
Cela me ramena sur mon expérience professionnelle propre,
que j'avais vécue comme très pénible et aliénante. Et je
partageai que, chaque nuit, malgré que j'aie arrêté ce mode
de vie que je n'aimais pas depuis déjà treize ans, je
rêvais que j'étais obligé, pour des raisons financières, de
quitter ma vie actuelle, donc ma Bretagne, pour retourner
travailler comme avant à Paris, avec mes anciens patrons.
(En 2010 j’en rêve encore !)
Ces rêves étaient toujours pour moi des cauchemars, et je
me réveillais en constatant avec soulagement que j'étais
bien dans mon lit en Bretagne, que je n'avais vraiment
nulle obligation d'aller m'expatrier à Paris, et je me
disais "ouf, ce n'était qu'un rêve"
Mais l'insistance de ces rêves chaque nuit m'intriguait
fort. On m'écouta attentivement, mais on ne me donna nulle
explication ni solution.
Tout le monde se coucha tôt car fatigués du voyage, et je
me réveillai tôt à cinq heures le matin. Je ne me souvenais
pas avoir rêvé être retourné au travail à Paris.
Je pensai à ce collier et à mes relations avec la personne
qui l'avait offert.
C'était une des rares avec qui je ne me sentais pas à
l'aise, vis à vis de laquelle j'éprouvais même une gêne,
avec laquelle je maintenais une distance, comme par peur
d'être envahi.
Je me sentais énervé, agressif à son égard, sur la
défensive. Je me dis qu'il faudrait que je lui rende ce
collier, pour me sentir tranquille.
Je me rendormis, et me réveillai au dernier moment, à huit
heures.
Le matin, je me sentais apaisé, peut-être d'avoir pris
cette décision, mais elle ne paraissait pas en forme. Je
n'eus pas le courage de lui apporter cette épreuve et
gardai le collier dans ma poche.
Mais je n'étais pas trop présent à ce qui ce disait car je
restais préoccupé par cette histoire de collier. Je me dis
qu'il fallait absolument que je le lui rende, sinon cela
resterait comme quelque chose de non résolu.
A la reprise de l'après-midi, elle semblait avoir une bonne
figure. Je me lançai, allai vers elle, et lui expliquai que
le collier ne me plaisait pas, que j'aurais préféré un
caillou, et que je le lui rendais.
A ma grande surprise, elle réagit assez calmement, disant
qu'elle ne voulait surtout pas que ces cadeaux soient
obligatoires, et que d'ailleurs elle s'était doutée dès
l'achat que celui-ci ne me plairait pas.
Une participante intervint vigoureusement, disant qu'elle
était très choquée car un cadeau ne se refuse pas, et qu'au
moins j'aurais pu le faire en privé, pas devant tout le
monde.
J'expliquai que dans la vie courante, je tiens compte de
l'intention des gens, et que même si un cadeau ne me plaît
pas, je le garde.
Mais ici je suis dans un contexte expérientiel, avec une
personne avec qui j'ai un problème relationnel, et j'ai en
faisant cela, surtout devant tout le monde, l'occasion
d'apprendre à dire non et de faire bouger la relation.
On me demande d'expliquer davantage ce que je ressens dans
cette relation, et en le faisant j'explique que je me
demande si ce que je ressens vient de quelque chose qui
existerait vraiment chez cette personne, où d'une
identification que je ferais avec une personne de mon
passé.
Je ressentais cela avec ma grand'mère paternelle :
l'impression d'être envahi, nié, transformé en objet.
J'avais deux ans et j'habitais chez ma grand'mère
maternelle, que j'aimais bien.
L'autre venait me chercher de temps en temps pour m'emmener
chez elle.
Mais j'avais horreur de cette grand'mère, c'était viscéral.
Je n'aimais pas le ton de sa voix, ses gestes, son allure,
ses baisers mouillés, et quand elle arrivait, j'allais me
cacher dans une malle au grenier pour qu'on ne me trouve
pas.
Il fallait quand même que j'y aille, et elle achetait mon
consentement par quantité de jouets qu'elle avait chez elle
et n'en sortaient pas. Je n'avais pas le droit de les
emmener avec moi.
J'avais demandé pour mon petit vélo :
"Non, tu pourrais le casser".
Quand j'arrivais chez elle, j'étais entièrement déshabillé,
("regarde, comme tu es mal fagoté"), et rhabillé avec des
vêtements à elle, qu'elle avait confectionnés elle même,
dans des tissus tirés de ses propres vêtements. Je n'aimais
pas le contact sur mon corps de ces tissus, qui me
donnaient l'impression d'être habillé en fille.
Elle n'avait pas aimé que son fils unique épouse ma mère,
et avait toujours été très méchante avec elle. Un jour
qu'avec la naïveté de l'enfant je lui avait dit "Elle est
belle, ma maman", elle avait répondu "oh non, ta maman
n'est pas belle", et j'en avais été très surpris et choqué.
Ma mère m'a raconté bien plus tard que, lorsqu'elle avait
été enceinte de moi, cette grand'mère s'était empressée de
lui apporter un produit pour avorter, prétextant que les
circonstances de la guerre (nous étions en 1941) n'étaient
pas favorables à la naissance d'un enfant.
En tant qu'embryon et foetus, l'ai-je sentie comme une
menace sur ma vie ?
Ou ai-je simplement perçu plus tard l'hostilité qu'elle
avait pour ma mère ?
Cette répulsion, forte et tenace, vis à vis de cette
grand-mère, m'a toujours intrigué.
J'ai dû la fréquenter tant que j'étais enfant, mais dès que
j'ai été libre de mes mouvements, je ne suis plus allé la
voir.
Je ne l'ai revue qu'une fois à Paris à l’hôpital alors
qu'elle y était venue assister au défilé du 14 juillet et
avait eu un accident. A la suite de ça je suis retourné la
voir une ou deux fois chez elle. Puis pour ses derniers
jours, alors qu'elle avait perdu la tête et qu'il avait
fallu la placer dans une institution.
Qu'elle évoque chez moi cette grand'mère posa quelque
problème à mon interlocutrice, qui se demanda si elle aussi
quelque part n'était pas un peu comme ça.
Aurait-elle pu elle aussi devenir une grand'mère abusive ?
Finalement elle décida que non, justement parce qu'elle
était à ce séminaire avec nous.
Elle me regarda et me dit gentiment, comme pour me
rassurer, qu'elle n'était pas ma grand-mère.
Je sentis que cela me fit de l'effet. Je me sentais calmé,
comme si je la croyais. Je me dis qu'elle pourrait être une
grand'mère gentille, ou même simplement une personne, avec
qui je pourrais découvrir une nouvelle relation
enrichissante.
Le soir, après le dîner, alors qu'elle montrait ses photos
du désert, je m'assis à côté d'elle en tout confiance, et
sans arrière pensée.
Cette nuit-là je fis un rêve surprenant.
Je m'empressai de le partager dès le début de la réunion du
matin :
J'avais ma propre entreprise, dont je m'occupais avec un
ami. C'était une sorte de commerce de gros, et nous
transportions avec des élévateurs des palettes de
marchandises.
Mais notre entrepôt était original : c'était une grande
barge flottant dans un bassin, le long d'un fleuve genre
Seine.
Quand nous recevions les marchandises que nous avions
commandées, au lieu de les disposer en surface pour
qu'elles soient disponibles, nous nous trompions et les
rangions à l'intérieur de la barge. Dès que nous nous
rendions compte de notre erreur, nous faisions une nouvelle
commande pour avoir à nouveau de la marchandise disponible,
mais nous trompions encore, et mettions les marchandises à
l'intérieur de la barge. Et comme cela plusieurs fois de
suite, si bien que la barge trop chargée s'enfonçait sous
l'eau et bascula.
Heureusement un système de sécurité l’empêcha de se
retourner complètement, et nous appelâmes des secours.
Aussitôt d'énormes hélicoptères arrivèrent et déchargèrent
du matériel lourd, pour remettre la barge en place, et
d'énormes machines aplanirent le terrain sur la rive devant
la barge pour que notre stock puisse y être installé en
terrain ferme.
En même temps les autres commerçants solidaires se
répartirent entre eux nos stocks excédentaires, nous les
reprenant à prix coutant.
Grâce à cette aide efficace venant de nombreuses personnes,
nous étions prêts à reprendre notre activité sur de bonnes
bases.
Le sens de ce rêve me paraissait évident : les marchandises
étaient des charges émotionnelles que jusqu'alors j'avais
enfouies au fond de moi-même sans plus pouvoir y accéder,
ce qui avait provoqué le basculement de ma maladie à 16 ans
(voir mes aventures thérapeutiques ). L'aide efficace du
groupe me permettait de remettre en circulation ces
émotions bloquées et d’installer les bases d'une gestion
saine de ma vie émotionnelle.
D'autres participants échangèrent sur le thème de la
non-communication dans les familles, et en particulier sur
l'interdiction de parler des membres de la famille décédés.
Pour certains la famille était une source vivante
d'échanges chaleureux, d'amour et d'affection, pour
d'autres quelque chose de rigide et froid dont ils ne
recevaient et n'attendaient rien. Ceux-là se trouvaient
dans un état de grande solitude affective, compensé
seulement mais pas toujours par la parenté proche, conjoint
et enfants.
Nous avions retrouvé avec joie notre animatrice habituelle,
Olga, qui était accompagnée d'une nouvelle venue, Claude, à
qui nous pûmes in extremis donner la parole le dimanche
après-midi, pour qu'elle nous fasse part de son expérience
professionnelle personnelle.
Elle avait commencé comme soignante, puis après différentes
formations en développement personnel (dont la PNL dont
elle avait obtenu le Master), elle s'était lancée elle-même
comme formatrice en relations humaines pour le personnel
soignant, en collaboration avec un des premiers praticiens
formés en Approche Centrée sur la Personne.
Les échanges avec son collaborateur lui ont permis une
première découverte de l'approche, et ce n'est que sur le
tard qu'elle se forma elle-même au PCAIF comme nous le
faisions en ce moment, ce qui modifia radicalement sa
pratique.
Nous eûmes de nombreux échanges sur les difficultés des
soignants à procurer aux patients un accueil, une
considération, un contact respectueux, vu les impératifs de
rendement quantitatif qui leur sont imposés.
Aussi sur les craintes qu'eux-mêmes ont d'être envahis par
les souffrances personnelles que pourraient réveiller en
eux les patients s'ils ne gardaient précautionneusement une
distance.
Tous se déclarèrent ravis de l'intensité et de la richesse
de ce séminaire, au cours duquel notre confiance les uns
envers les autres nous avait conduits à échanger du début
jusqu'à la fin tous ensemble en grand groupe.
Nous nous quittâmes avec les effusions habituelles, faisant
déjà quelques projets pour le prochain séminaire intensif
de fin juin.